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Pour un véritable débat décentralisé sur l’énergie

jeudi 7 avril 2011

Passées les élections, passé le concert des indécences et devant la catastrophe nucléaire japonaise qui s’amplifie de jour en jour, il convient tout d’abord de souligner ce gâchis de vies humaines et ces innombrables souffrances à l’image des liquidateurs se sacrifiant chaque jour pour tenter d’éviter le pire.

Leurs moyens sont dérisoires et nous montrent à quel point la filière nucléaire n’est pas maîtrisée et pas maîtrisable.

Tout le monde reconnaît aujourd’hui qu’un accident est possible même en France, comme vient de le déclarer l’Autorité de Sureté Nucléaire par la voix de Mr Lacoste.

A partir du moment où, pour une cause ou pour une autre, il n’y a plus de refroidissement sur les combustibles, la tragédie peut se produire. Qu’on le veuille ou non, le débat est donc lancé sur le nucléaire dans tous les pays du monde. Nos voisins allemands, espagnols, suisses, etc, confirment leur volonté de sortir du nucléaire et commencent à formuler des exigences bien légitimes à l’égard du nucléaire français qui, bien évidemment, les concerne au plus haut point tant une des spécificités de l’atome est qu’il ne connaît pas de frontières en cas d’accident.

Centrale nucléaire de Golfech (France)

La France n’échappe pas à ce débat mais avec une particularité importante : la politique énergétique de la France est largement conduite par le lobby nucléaire.

Ce lobby tissé depuis 40 ans est extrêmement puissant et traverse pratiquement tous les partis politiques, les administrations, mais aussi les syndicats, les associations, les entreprises, le journalisme, l’enseignement, etc…Il a développé une véritable « pensée unique » sur l’énergie.

Ses moyens sont colossaux et son organisation remarquable. Que ce soit à l’Assemblée Nationale ou au Sénat, vous trouverez toujours un ardent défenseur de l’atome à la tête des commissions stratégiques ou des commissions d’enquête. Le résultat est connu d’avance tant le maillage est efficace. Le dernier exemple en date est l’adoption en juillet 2010 de la loi Grenelle 2 : L’EPR a été exempté d’un complément de demande d’autorisation d’émission de rejets radioactifs supplémentaires et, dans le même temps, l’amendement Ollier a bloqué l’éolien.

L’objectif du lobby nucléaire d’étouffer les énergies renouvelables pour ouvrir la voie royale à l’EPR, a été atteint et renforcé avec le moratoire sur le photovoltaïque. Cette stratégie dont le but est de marginaliser les énergies renouvelables, pour montrer que le nucléaire est incontournable, est bien évidemment relayée par une communication intense.

Communication qui assène avec le plus grand aplomb, des contre vérités flagrantes et qui n’hésite pas à utiliser la caricature pour éviter le vrai débat.

Caricature lorsque le Président de la République nous dit que la France a fait le choix du nucléaire. Les décisions sont toujours prises avant un éventuel débat. La décision de construire l’EPR s’est faite avec le Président, le premier ministre, le ministre de l’industrie, le PDG d’EDF et le PDG d’Aréva, sans la présence du ministre de l’environnement !

Contre vérité lorsque Nicolas Sarkozy nous annonce que le nucléaire représente 75% de l’énergie, alors que c’est 75% de l’électricité et que l’électricité ne représente que 24% de l’énergie en France. La réalité est donc que le nucléaire représente 18% de l’énergie en France et 2.5% dans le Monde.

Caricature lorsque Hervé Morin, ancien ministre de la défense et éventuel prétendant centriste à l’élection présidentielle, nous déclare qu’il faut poursuivre le tout nucléaire en construisant le réacteur EPR de Penly en justifiant : « Ce n’est pas parce qu’il y a un crash d’avion que l’on arrête l’aviation ! » Affligeant !!! Caricature encore lorsque le Président de la République, en visite au Japon, déclare « Le nucléaire garant de notre indépendance énergétique ». La ficelle est un peu grosse puisqu’il n’y a plus de source d’uranium en France et que les conditions d’extraction de ce minerai, au Niger par exemple, pose de nombreux problèmes environnementaux, économiques et politiques, qui font que cette situation n’est ni acceptable, ni durable. De plus notre addiction au nucléaire ne nous rend pas indépendant du pétrole puisque chaque français en moyenne consomme plus de pétrole que son voisin allemand pourtant engagé vers la sortie du nucléaire !

Contre vérité encore dans la même déclaration du Président de la République qui nous cite le nucléaire comme incontournable remède aux émissions de gaz à effet de serre. Déjà, si on compte toutes les étapes du nucléaire allant de l’extraction de l’uranium jusqu’au démantèlement des centrales et à la gestion des déchets radioactifs, on totalise 30g de CO2 par kWh électrique, ce qui n’est pas nul. De plus pour que le nucléaire ait une influence significative sur les émissions de GES, il faudrait qu’il puisse se généraliser dans tous les pays de la planète. Cela est impossible, à cause de la faiblesse des réserves d’uranium, des coûts et des risques que fait courir cette énergie.

Pour la France, les gains sont marginaux puisque plus des ¾ des secteurs émetteurs de GES ne sont pas concernés par le nucléaire. Autant dire que le jeu n’en vaut pas la chandelle !!!

Non seulement le nucléaire ne permet pas de lutter contre le réchauffement de la planète, mais c’est le dérèglement climatique qui s’attaque au nucléaire en le fragilisant lors des sécheresses, canicules ou autres manifestations climatiques extrêmes. De nombreux réacteurs situés sur les fleuves sont arrêtés l’été à cause du niveau d’eau insuffisant pour les refroidir. Rappelons-nous aussi les inondations à la centrale du Blayais qui ont entravé gravement son refroidissement.

Répartition des centrales nucléaires dans le monde

Contre vérité toujours couramment relayée par les responsables politiques disant que l’Allemagne est bien heureuse de trouver le nucléaire français.

Absolument faux car depuis 2004, la France importe beaucoup plus d’électricité d’Allemagne qu’elle ne lui en vend. Cela va d’une différence de 6 à 12 TWh par an, soit la production d’un à deux réacteurs nucléaires. Quand à la différence financière, elle est beaucoup plus importante, puisque nous importons au prix fort, lors des pics de consommation et que nous vendons à bas prix, lorsque nous sommes en surproduction et que, parallèlement, les besoins sont réduits dans les pays voisins.

Enfin autre contre vérité reprise en chœur par tous les partisans de l’atome : le prix du kWh nucléaire bon marché !

Des sommes colossales ont été investies dans le nucléaire depuis 50 ans (600 milliards d’Euros de fonds publics). C’est le contribuable qui a développé le parc nucléaire français. Ces sommes ne paraissent pas sur la facture EDF, laissant croire abusivement que l’électricité nucléaire est bon marché. Par ailleurs, ce sont les générations futures qui paieront pour démanteler nos centrales et gérer nos déchets radioactifs. Les différentes approches d’estimation évaluent la déconstruction du parc nucléaire français à au moins 300 milliards d’euros ! Quant au coût de la gestion des déchets radioactifs, personne n’est en mesure de le chiffrer mais ce sera énorme.

Aujourd’hui le coût de production prévu pour un MWh nucléaire EPR est de l’ordre de 65 à 70 euros et cela sans assurances, car aucune compagnie au monde ne veut couvrir le risque nucléaire.

Mais au-delà du coût qui ne plaide pas en sa faveur, une question essentielle se pose :

Est-il raisonnable de poursuivre le développement du nucléaire aujourd’hui alors que l’on peut bénéficier des énergies renouvelables, sources d’énergie locales inépuisables et sûres, dont le prix est indépendant de celui du baril de pétrole et du kilo d’uranium ?

Les énergies renouvelables couplées aux économies d’énergie et à l’efficacité énergétique permettent, non seulement de lutter contre le réchauffement climatique, mais également de renforcer l’indépendance énergétique et remplacer progressivement les combustibles fossiles. Contrairement à une idée reçue, certaines filières, à l’image de l’hydraulique, de l’éolien terrestre et de la biomasse sont dès aujourd’hui peu coûteuses. L’hydraulique qui a fait l’objet d’investissements importants au siècle dernier est aujourd’hui la source de production d’électricité la plus compétitive. Il en sera de même avec l’éolien offshore dans quelques années, lorsque les investissements auront été amortis. Quant à la biomasse, elle permet aujourd’hui une substitution au gaz et au fioul, à un coût très faible. D’autres filières, telles que le solaire ont aujourd’hui des coûts plus élevés, mais connaissent de très forts gains de productivité et devraient atteindre la compétitivité dans la décennie.

Eoliennes Offshore

A l’heure du Fukushima, il est important de faire le point sur l’éolien au Japon. Contrairement à ce que disaient les détracteurs de l’éolien, prédisant l’écroulement des mâts et turbines au moindre séisme et leur manque de résistance au tsunami, les éoliennes (offshore et onshore) installées au Japon ont non seulement résisté au plus fort séisme jamais enregistré dans l’histoire du pays mais aussi au tsunami de l’ampleur que l’on sait.

Toutes les éoliennes japonaises, actuellement en fonction, ont survécu au tremblement de terre, y compris les turbines semi-offshore situées à proximité de l’épicentre du séisme comme celles de Kamisu. Ce dernier parc a aussi résisté au tsunami, validant du même coup les normes antisismiques qui ont présidé à son élaboration, sans doute les plus fiables du monde ! Ce sont les parcs éoliens japonais qui, pendant la défection de la centrale de Fukushima, assurent l’alimentation en électricité de la région de Tokyo.

La catastrophe nucléaire de Fukushima est un véritable drame incomparable puisqu’on ne maîtrise pas les conséquences tant dans l’intensité que dans le temps. Elle affecte les générations présentes sur un périmètre dont on ne peut dessiner les contours, mais c’est aussi un drame pour les générations futures. Le caractère irréversible de la catastrophe mérite un traitement d’exception. C’est un drame humain, environnemental mais aussi économique tant ses conséquences sont multiples.

On ne peut pas nous vanter le nucléaire comme l’énergie la moins chère alors que le nucléaire ne satisfait même pas à ses obligations les plus élémentaires, il manque d’argent pour refaire le sarcophage du réacteur de Tchernobyl ! lequel est dans un état préoccupant !

Le nucléaire doit et devra régler ses dettes. Il y aura bien un avant et un après Fukushima. On peut même parler de séisme politique. De Martine Aubry du parti socialiste qui demande à terme la sortie du nucléaire, à M. Lacoste (ASN) qui émet l’hypothèse d’un moratoire sur l’EPR, les positions évoluent tous les jours.

Mais ne soyons pas naïfs, il y aura des reculades et des coups tordus !

Enfin, c’est toute la politique énergétique qu’il faut remettre à plat et envisager un mix énergétique différent. Rappelons quand même qu’avec les 6 milliards d’euros de l’EPR de Flamanville et sa THT, on pourrait engager le Grand Ouest sur la voie des économies d’énergies et du développement des renouvelables avec une bien meilleure efficacité et une production électrique supérieure (22 TWh au lieu de 12 TWh pour l’EPR). Tout cela sans risques et avec une création d’emplois durables 10 fois supérieure.

Au-delà du débat sur le nucléaire, l’urgence est aussi à la révision complète de la loi Grenelle 2 pour lever tous les freins, dispositifs et procédures complexes qui bloquent le développement des renouvelables, qu’il faut au contraire accélérer, tant notre retard est considérable. Les sources de production sont là, les savoir-faire aussi. Il appartient aux responsables politiques de changer rapidement de cap pour qu’enfin ce pays, au meilleur potentiel d’énergies renouvelables d’Europe, sorte de son intégrisme nucléaire irresponsable, qui nous mène à l’impasse, pour nous offrir des perspectives plus sérieuses, plus réjouissantes.

Michel Lemosquet

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