FLASH INFOS }
dept. 53 : Schéma régional des structures : toujours plus... - dept. 53 : Interpellation G.Garot vendredi 11h00 ! - dept. 53 : L’ADEARM recrute ! - dept. 53 : Soirée projection débat sur la transmission le jeudi 3 octobre à Château-Gontier - dept. 53 : Planète en Fête : la conf parle de la PAC - dept. 53 : covoiturage Mayenne 11 mai NDDL - dept. 53 : l’ADEARM recrute ! - dept. 53 : En 2013 : Le Programme « Agriculture Paysanne » continue en Mayenne ! - dept. 53 : A l’heure du débat sur la transition énergétique, il est temps de reparler de l’éolien ! - dept. 53 : Bien dans sa ferme en Mayenne : "Transmettre pour installer" -
  • Indice des fermages 2016 : baisse de 0.42 % Indice des fermages 2016 : baisse de 0.42 %

    SMIC : Montants au 1er janvier 2017 (cas général) smic horaire brut 9.76€ smic brut mensuel (base 35h) 1 480,27 €

  • Les cafés installation à venir en Loire Atlantique Les cafés installation à venir en Loire Atlantique

    13/06 Nantes

menu Actualités Syndicalesmenu Agriculture Paysannemenu Transmission Installationmenu Publicité Foncière
Accueil site > Flash Infos > Les Agricultrices : de l’ombre à la lumière

Les Agricultrices : de l’ombre à la lumière

mardi 11 juillet 2017, par animation53

L’AG de l’ADEARM a été l’occasion d’aborder l’évolution du statut des femmes dans l’agriculture. Pour cela, nous avions invité Nicole Poupinet (paysanne retraitée ayant participé au groupe « femmes » de la Confédération Paysanne Nationale).

Dans les années 1900, on comptait parmi les actifs, 40% de femmes et 3 millions d’entre elles étaient agricultrices. A cette époque la France était majoritairement rurale et largement agricole. La vie paysanne constituait une société où les rôles étaient définis : les hommes géraient les cultures, les femmes ce qui concernait la subsistance et chacun était maître de son domaine. Ceci donnait aux femmes plein pouvoir (selon les régions), sur la basse-cour, le jardin ou encore les produits laitiers, leur assurant ainsi une indépendance financière. Ce partage des tâches sur un même lieu, la ferme, a induit l’idée que l’agriculture était un métier où hommes et femmes avaient place à part entière.

Entre 1963 et 2013, le pays a perdu plus de trois millions d’agriculteurs et surtout d’agricultrices. Ils étaient quatre millions en 1963 ; il ne sont plus qu’environ 900.000 en 2013. Ils représentent 3,6% de la population active. Le nombre d’exploitations a suivi la même tendance (quelque 500.000 aujourd’hui, contre près de 2 millions à l’époque). Tout cela s’accompagne évidemment d’une diminution de la surface agricole française (-20%) au profit de la ville, des infrastructures et de la forêt.

Après la guerre, avec la signature du plan Marshal en 1947 et jusqu’en 1970 l’objectif est d’accélérer la modernisation de l’agriculture, il faut :

  • Augmenter les rendements par plus d’agronomie,
  • Diminuer la pénibilité par la mécanisation et les traitements chimiques - La mécanisation devient majoritairement l’affaire des hommes.
  • Il y a la nécessité de produire à bas prix pour ceux/celles qui ne trouvent plus leur place dans l’agriculture, et dans le même temps, des formations spécifiques sont organisées pour les femmes, notamment les écoles ménagères,
  • On passe d’une économie paysanne à une économie d’exploitants agricoles avec une augmentation du confort qui ne suffit pas à retenir les femmes qui deviennent aidantes : le code rural spécifie que le chef d’exploitation doit gérer sa ferme en bon père de famille et qu’il ne peut y avoir deux chefs sur une même exploitation.

Entre 1970-1980 La modernisation s’accélère sans les femmes…

La politique agricole commune donne à « pleine puissance » avec les sélectionneurs, les chimistes, les concepteurs de matériels, les banquiers, c’est aussi l’installation massive des trayeuses électriques et l’arrivée des congélateurs, au moins dans les régions d’élevage. C’est aussi là qu’on entend les femmes réagir quand les représentants demandent "Il est par là le patron ?" En parallèle, il y a la mise en place des "groupes d’échanges en agriculture", souvent un par canton (les CETA, les GVA). Certains auront une approche spécifique « femmes », partant du principe que les questions féminines ne seront jamais ou très mal abordées dans des groupes mixtes mais les formations portent sur l’embellissement des exploitations, la déco intérieure de la maison, l’éducation des enfants et non sur des formations spécifiques au métier. Dans le même temps, la loi de 1971 instaurant la formation professionnelle met au point des formations pour les « mutantes » (sic), ces femmes qui doivent se former pour aller dans l’industrie (les industries électroniques comme Moulinex recrutent) et dans les formations de coutures, pour les doigts agiles !

Durant cette décennie, les femmes se battent pour obtenir un statut et une égalité de droits sans grand succès. Les luttes s’articulent surtout autour des mouvements féministes (luttes pour le droit à l’avortement et à la contraception)..

Entre 1980-1995 : Toujours l’accélération de la modernisation avec les inégalités de revenu, les surproductions périodiques, les départs forcés majoritairement féminins, la pollutions des eaux, l’érosions des sols,…. Et toujours pas de statuts dignes de ce nom pour les femmes.

Pour répondre à ces problématiques il y aura :

  • la reconnaissance du pluralisme syndical en 1982 avec la création de la CNSTP et de la FNSP (ancêtres de la conf’) et autres syndicats comme le modef et la FFA qui peuvent participer aux élections des chambres d’agriculture ( j’ai été élue chambre sur une liste CNSTP qui avait décidé que la tête de liste serait un représentant des fermiers, le second un paysan antinucléaire et la troisième une femme)
  • la mise en place des quotas laitiers en 1984 avec les règles de la PAC qui attribuent les aides à l’exploitation et non à l’actif agricole et pour les droits à produire en lait, des attributions inférieurs pour les conjointes. Par exemple on attribuait 200 000 l. de lait par actif associés d’un GAEC et 320 00 l pour un couple qui s’installait sur une exploitation individuelle.
  • en 1987 la création du statut de l’EARL permet aux femmes d’avoir un statut dans le couple avec la contrainte de créer une société mais en général s’il se créait une société la motivation prioritaire n’était pas de donner un statut aux femmes. En plus les centres de gestion imposaient une répartition des parts à hauteur de 49 % pour la femme et 51% pour l’homme.
  • et ce n’est qu’en 1983 que les paysannes peuvent bénéficier d’un congé de maternité (au début simple remplacement) alors que les institutrices l’ont obtenu dès 1910 à plein traitement pendant 2 mois et c’est en 1928 qu’il est généralisé à l’ensemble de la fonction publique.

Face aux effets indésirables de cette "modernisation" de l’agriculture :

  • d’autres approches de l’agronomie, des systèmes culturaux et d’élevage sont « formalisés » ; la bio est reconnue par la puissance publique ;
  • la « diversification » dans les productions agricoles, dans les systèmes de vente, reprend ses droits face à une hyper spécialisation et à la puissance des hyper marchés
  • l’agriculture retrouve aussi des fonctions d’accueil que ce soit par l’agrotourisme ou l’accueil de groupes d’enfants (écoles, centres de loisirs…), ou encore l’accueil à caractère social, pour des enfants et des jeunes retirés, séparés de leur famille.

Dans toutes ces évolutions, beaucoup de femmes retrouvent des raisons de « revenir à la ferme » ou d’y rester, souvent avec leur mari ou compagnon. Et certaines intensifient les combats pour une meilleure reconnaissance de leur statut, des temps liés à la maternité, à la garde des enfants en milieu rural etc.

Depuis 1995 :

Les différents modèles d’agriculture cohabitent de manière plus voyante. Il y a ceux qui poursuivent les agrandissements, à grand renfort de mécanisation et d’automatisation, dans des formes sociétaires qui n’ont plus grand chose à voir avec l’appellation « agriculture familiale », D’autres vont beaucoup plus loin dans les démarches de lien au sol et de limitation des dépendances aux produits extérieurs, notamment autour de l’agriculture biologique ou de systèmes approchant comme l’agriculture paysanne. Ce qui permet aussi de recréer du lien avec la nature et les animaux en général. C’est la mise en place des circuits courts avec les femmes qui y prennent de plus en plus de places.

Même s’il y a toujours beaucoup plus de départ que d’arrivée dans la profession, il y a une ouverture croissante aux « hors cadre familiaux », et avec une proportion plus élevée de femmes. Et parmi celles-ci, elles sont plus nombreuses que les hommes à s’intéresser à la bio.

Pour ce qui concerne les statuts des agricultrices, depuis la loi d’orientation de 1999, le statut de conjoint collaborateur remplace celui d’ayant droit participant aux travaux.

  • Pour bénéficier de ce statut ; les agricultrices doivent être mariées, par contre elles peuvent travailler à temps complet à l’extérieur de l’exploitation. Il suffit que le conjoint déclare qu’elle aide et s’acquitte d’une cotisation.
  • L’agricultrice devra obtenir l’accord du chef d’exploitation qui dans la majeur partie des cas est son mari, or depuis 1965, les femmes peuvent exercer un métier sans l’autorisation de leur conjoint.
  • La collaboratrice reste "ayant droit du mari" (vis à vis de la m.s.a.)et elle ne pourra capitaliser que 16 points de retraite par an alors que le chef de l’exploitation pourra en capitaliser jusqu’à 90.
  • On reconnaîtra qu’elle travaille sur l’exploitation mais elle ne pourra toujours pas bénéficier de l’allocation d’invalidité en cas d’accident du travail.
  • Depuis 2010, ces statut a été élargi aux concubins et aux pacsées.

Le statut d’associé de GAEC est un statut de chef d’exploitation. Les femmes pouvaient être associée dans un GAEC seulement s’il n’était pas limité au seul conjoint ou si l’associé n’était pas le conjoint ou le concubin, avec enquête de moralité. Ce n’est que depuis 2010 que ces conditions rétrogrades ont disparu et que la loi a répondu aux revendications des femmes de la confédération paysanne en permettant le GAEC aux couples mariés ou concubins.

Le statut de salariée

  • En 2014, la MSA estime la population active agricole féminine à 538 200 personnes (113 000 femmes chefs d’exploitation, 31 000 collaboratrices d’exploitation et 394 000 salariés ) Ce qui donne que :
  • 27% des fermes sont « dirigées »par des femmes, contre 8% en 1970 et 40% de ces femmes ont moins de 50 ans.
  • 17 % des conjointes d’exploitant sont affiliées à la MSA en tant que conjoint collaborateur, leur nombre a été divisé par deux depuis 10 ans et elles sont âgées en moyenne de 53 ans.
  • en 2014, 394 000 femmes sont salariées agricoles (soit 93 700 équivalent temps plein) essentiellement dans la viticulture, les cultures spécialisées ou dans les cultures et élevages non spécialisés, leur moyenne d’âge est de 39 ans.
  • enfin la MSA estime qu’entre 2 000 et 5 000 femmes d’exploitants sont sans statut social, c’est à dire qu’elles ne sont pas déclarées.

Nicole Poupinet

Site Internet financé avec le soutien du Conseil Régional des Pays de la Loire

Conseil Général des Pays de Loire
Confédération Paysanne des Pays de Loire